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Littérature

Homo Disparitus – Chronique du 03 Mars 2010

titre originale :  « The World Without Us » d’ Alan WEISMAN

Couverture Homo Disparitus

Homo Disparitus est une étude d’Alan WEISMAN, journaliste américain, traitant de l’avenir de notre planète, et plus particulièrement des réalisations humaines (architecture, art …) si l’homme venait à disparaître subitement de la surface de la Terre, la couverture française nous le rappelant bien avec ce New York sauvage, similaire à celui du film « Je suis une légende ». WEISMAN décrit ainsi comment se détérioreraient les bâtiments et les villes au fil du temps et décrit les dernières traces pouvant être laissées par l’homme.

Il en conclut qu’en 500 ans, nos quartiers résidentiels seraient redevenus des forêts et que les déchets radioactifs, les réalisations en bronze, ainsi que le Mont Rushmore constitueraient les dernières traces humaines sur Terre.

L’auteur a fait le tour du monde pour interroger des scientifiques et de nombreux autres experts afin d’en tirer ses conclusions. Enquête d’anticipation, ce livre est l’un des plus intéressant qu’il m’ait été donné de lire ces derniers temps. Premièrement, parce qu’ici nous sommes pas encore / Plus dans la science fiction, mais bien de l’étude de ce que pourrait être la Terre dans cette ère Post-Humaine.

De plus, pour revenir dans la science fiction, c’est un excellent sujet de réflexion sur l’écologie, la société, la civilisation, qui est en plein cœur de tous les débats. Enfin si vous aimez les univers Post-apocalyptiques, c’est un peu la réponse à la question « Comment en sommes-nous arrivés là ? » que nous apporte cet ouvrage.

Le livre est divisé en 19 chapitres, chacun traitant d’un sujet différent, se déplaçant de continents en continents, et traitant du passé, comme de l’avenir de la planète.

Extrait du livre à Propos de New York »

L’idée que la nature puisse un jour ne faire qu’une bouchée d’une entité aussi colossale et concrète qu’une ville moderne n’est pas facile assimiler. Comment imaginer la disparition de New York quand elle se dresse, titanesque, devant nous ? Les événements de septembre 2001 nous ont montré ce dont les hommes sont capables, avec leurs explosifs, mais qu’en est-il de processus aussi rudimentaires que l’érosion ou la pourriture ? L’effondrement brutal des tours jumelles nous conduisit nous interroger sur les terroristes plutôt que sur les points faibles qui pourraient condamner notre infrastructure tout entière. Et encore cette catastrophe, jusqu’alors inconcevable, se limita-t-elle quelques bâtiments. Cependant, la nature pourrait bien mettre moins de temps que nous ne l’imaginons se débarrasser des créations des urbanistes. […]

La ville a beau avoir enseveli ses rivières, [le docteur Eric] Sanderson nous fait remarquer que « la pluie tombe quand même. Il faut bien qu’elle aille quelque part ». De fait, c’est là que la nature percera l’armure de Manhattan, si elle décide de la démanteler. Les effets se feront sentir sitôt le premier coup porté au point le plus vulnérable de la ville : ses entrailles. Paul Schuber et Peter Briffa, respectivement chef du Département hydraulique et surveillant du Service de réaction d’urgence hydraulique du New York City Transit 1, comprennent fort bien comment les choses se passeraient. Chaque jour, ils ont pour tâche d’empêcher 50 millions de litres d’eau d’envahir le métro new-yorkais. « Et encore, ce ne sont que les eaux déjà souterraines », précise Schuber.

« Quand il pleut, ça devient… » ajoute Briffa, impuissant. « C’est incommensurable. » Incommensurable, pas forcément. Mais les précipitations ne sont pas moins importantes aujourd’hui qu’avant la construction de la ville. Autrefois, Manhattan se composait de 70 kilomètres carrés d’un terrain poreux traversé de racines vivantes qui redistribuaient les 120 centimètres de précipitations annuelles dans les arbres et les herbes des prés. Les végétaux buvaient ainsi tout leur soûl et rejetaient le reste dans l’atmosphère. Quant à ce que les racines n’absorbaient pas, il finissait dans la nappe phréatique de l’île. En certains endroits, ces eaux refaisaient surface, dans les lacs et les marais, l’excédent rejoignant la mer par les fameux quarante ruisseaux – désormais ensevelis sous le béton et l’asphalte.

Aujourd’hui, comme il ne reste pas assez de sol pour absorber les précipitations, ou de végétation pour les « transpirer », et comme les immeubles empêchent le soleil de les évaporer, les eaux de pluie forment des flaques qui ruissellent jusqu’aux égouts – ou aux bouches d’aération, s’ajoutant aux eaux déjà présentes. Ainsi, sous la 131e Rue et Lenox Avenue, une rivière souterraine corrode le fond des lignes de métro A, B, C et D. Sans relâche, des hommes vêtus de gilets réfléchissants arpentent les entrailles de la ville pour lutter contre la montée de la nappe phréatique new-yorkaise.

Chaque fois que les précipitations sont importantes, les égouts s’encombrent de débris – le nombre de sacs plastique qui volent libres dans les villes du monde entier, voilà qui est proprement incommensurable – et l’eau, qui doit bien s’évacuer quelque part, s’engouffre dans la première bouche de métro venue. Pour peu que le vent soit au nord-est, l’océan Atlantique vient tamponner la nappe phréatique au point, dans des endroits comme Water Street (bas de Manhattan) ou le Yankee Stadium (Bronx), de refouler dans les tunnels, paralysant le trafic jusqu’à ce qu’elle se soit retirée.

Si l’océan devait continuer de se réchauffer, et son niveau d’augmenter plus que des quelques centimètres par décennie actuels, il viendra un moment ou` il ne se retirera plus. Ce qu’il adviendra alors, Schuber et Briffa n’en ont pas la moindre idée. Ajoutez à cela toutes les conduites d’eau datant des années 1930 qui éclatent régulièrement, et vous comprendrez que la seule chose qui sauve New York de la crue, c’est la vigilance du personnel du métro, et l’action de 753 pompes. Ces pompes, justement : le métro de New York, merveille d’ingénierie en 1903, fut creusé sous une ville déjà existante mais alors en pleine croissance. Comme la Grosse Pomme disposait déjà d’un système d’égouts à l’époque, le métro a dû être construit en dessous. « Du coup, explique Schuber, nous devons pomper d’une grande hauteur. »

New York n’est pas seule dans cette situation : les métros de Londres, Moscou et Washington sont situés à une plus grande profondeur encore, au point de pouvoir faire office d’abri antiaérien. C’est là une source potentielle de malheur. S’abritant les yeux sous son casque blanc, Schuber plonge son regard au fond d’un trou carré creusé sous la station Van Siclen Avenue à Brooklyn où 2 460 litres d’eau jaillissent à chaque minute du soubassement. D’un geste de la main, il nous montre quatre pompes, de l’autre côté de la cascade, qui se relaient dans leur lutte contre la gravité. Ces pompes fonctionnent à l’électricité. En cas de coupure, la situation se complique rapidement.

Dans la foulée des attaques du onze septembre, un jeu de pompes équipées d’un groupe électrogène pompa l’équivalent de vingt-sept stades de football. Si l’Hudson s’était engouffrée dans les tunnels ferroviaires reliant le métro new-yorkais au New Jersey, comme cela faillit être le cas, ces pompes – et l’essentiel de la ville – auraient été submergées. La ville désertée, personne, ni Paul Schuber ni Peter Briffa ni personne d’autre, ne courra d’une station engloutie à une autre dès que les précipitations dépasseront les 5 centimètres – ce qui se produit de plus en plus souvent –, pour tirer un tuyau dans la rue et évacuer les eaux sur le macadam, ou pour explorer les tunnels en bateau pneumatique. Mais qui dit ville désertée dit aussi pas d’électricité. Les pompes s’arrêteront et ne redémarreront pas.

« Sans pompes, conclut Schuber, les trains sont bloqués par le niveau d’eau en une demi-heure. » Briffa retire ses lunettes de protection et se frotte les yeux : « Une crue dans un secteur repoussera l’eau dans les autres. Le complexe pourrait se remplir en moins de trente-six heures. » Quand bien même il ne pleuvrait pas, si les pompes ne fonctionnent pas, cela ne prendra pas plus de quelques jours, d’après eux. L’eau commencera alors à lessiver le sol sous la chaussée. Bientôt, les rues se fissureront. Les égouts bouchés, de nouveaux cours d’eau se forment en surface. D’autres se font jour dès que les plafonds du métro engorgé cèdent. Les colonnes d’acier qui soutiennent la chaussée au-dessus des lignes 4-5-6 de l’East Side ne résistent pas vingt ans à l’action de l’eau. Lexington Avenue s’affaisse et devient une rivière.

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